Le président Paul Biya autorise une nouvelle vague d’emprunts pour financer des projets structurants dans trois secteurs clés. Le 31 juillet 2025, le président Paul Biya a signé trois décrets autorisant le ministère de l’Économie à contracter des prêts d’un montant global de 125 milliards FCFA, auprès de la Banque africaine de développement (BAD), du Fonds OPEP et de Standard Chartered Bank. Ces fonds cibleront l’agriculture, la santé et l’employabilité des jeunes, secteurs considérés comme prioritaires par le gouvernement.
Trois secteurs, trois ambitions
Le secteur agricole bénéficiera d’un prêt de 15 milliards FCFA pour améliorer la chaîne de valeur du riz, dans les zones irriguées de Yagoua, Ndop et Nanga-Eboko. Objectif : produire 120 000 tonnes supplémentaires de riz paddy en cinq ans, et réduire les importations de riz asiatique de 50 millions $ par an. Les autorités misent aussi sur des recettes fiscales indirectes estimées à 1,8 milliard FCFA pour chaque milliard investi.
Le secteur de la santé, lui, sera renforcé grâce à 15 milliards FCFA mobilisés auprès de la Standard Chartered Bank, avec la garantie d’UK Export Finance. Ces fonds serviront à construire deux hôpitaux modernes : un établissement gastro-pneumologique de 200 lits à Yaoundé-Jamot, et un hôpital psychiatrique de 150 lits à Mfou. Une fois opérationnels, ces centres devraient créer 1 000 emplois directs et contribuer à réduire les dépenses de santé à l’étranger, estimées à 10 millions $/an.
Enfin, le plus gros volet du financement est dédié à la région de l’Extrême-Nord, l’une des plus pauvres du pays. La BAD injectera 95 milliards FCFA pour un programme visant à former 35 000 jeunes, dont 50 % de femmes, et à créer 10 000 micro-entreprises dans huit départements. Le financement est concessionnel, avec un taux d’intérêt de 1 % sur 30 ans, et bénéficie d’une contribution étatique de 5 milliards FCFA.
Même si le poids de la dette publique s’élève déjà à 14 105 milliards FCFA, soit 43 % du PIB, le niveau reste en deçà du plafond des 70 % fixé par la CEMAC. Mais la prudence est de mise. La Direction générale du budget rappelle que chaque milliard emprunté doit désormais être adossé à un milliard de revenus futurs, pour éviter de creuser davantage les déficits.
Si les projets atteignent leurs objectifs, le Cameroun pourrait réduire de 30 % son déficit commercial en céréales, renforcer son système de santé, et faire reculer le chômage des jeunes dans des zones touchées par la pauvreté et l’insécurité.
