Avec 570 000 emplois revendiqués et une production en progression, la filière avicole camerounaise occupe une place importante dans l’économie nationale. Pourtant, derrière ces chiffres impressionnants, les producteurs font face à des contraintes qui pourraient affecter la rentabilité des élevages, l’approvisionnement des marchés et le pouvoir d’achat des ménages.
Une filière stratégique pour l’économie camerounaise
La filière avicole camerounaise pèse lourd dans l’économie. Selon les chiffres attribués à l’Interprofession avicole du Cameroun (IPAVIC), son chiffre d’affaires atteindrait 1 170 milliards de FCFA, pour environ 570 000 emplois directs et indirects. La production nationale de poulets serait également passée de 68 millions de têtes en 2011 à 102 millions annoncés pour 2026.
Ces chiffres témoignent de l’importance de cette activité qui mobilise éleveurs, provendiers, couvoirs, vétérinaires, transporteurs, commerçants et distributeurs. Elle contribue à l’approvisionnement des ménages en protéines animales et représente une source de revenus pour de nombreux acteurs économiques.
Mais cette dynamique soulève une question essentielle : derrière la croissance de la filière, les producteurs parviennent-ils réellement à couvrir leurs charges et à maintenir une activité rentable ?
Des coûts de production qui mettent les éleveurs sous pression
L’un des principaux défis de la filière reste le coût de l’alimentation des volailles. La provende, composée notamment de maïs, de soja et d’autres matières premières, représente une dépense importante dans les élevages.
Lorsque le prix de ces intrants augmente, les charges des producteurs progressent. Or, ces derniers ne peuvent pas toujours répercuter intégralement cette hausse sur le prix de vente, au risque de perdre des clients dont le pouvoir d’achat est déjà limité.
À cette difficulté s’ajoutent les questions liées à la disponibilité des poussins d’un jour, aux dépenses vétérinaires, à l’accès au financement et aux équipements nécessaires pour améliorer les conditions d’élevage.
Les maladies aviaires constituent également une menace. Une mauvaise maîtrise des risques sanitaires peut entraîner des pertes dans les exploitations, réduire les volumes commercialisés et fragiliser davantage les revenus des éleveurs.
Enfin, l’accès aux débouchés demeure déterminant. Produire ne suffit pas : il faut pouvoir conserver, transporter et vendre les volailles dans de bonnes conditions, à un prix permettant de couvrir les dépenses engagées.
Des conséquences possibles sur le panier des ménages
Les difficultés rencontrées par les producteurs ne s’arrêtent pas aux portes des élevages. Elles peuvent se répercuter sur toute la chaîne d’approvisionnement, jusqu’aux marchés et aux consommateurs.
Une hausse durable des coûts de production peut contribuer à renchérir le prix du poulet et des œufs. Des perturbations dans l’approvisionnement en poussins ou des pertes liées aux maladies peuvent également limiter l’offre disponible.
Pour les ménages, le risque est de voir certains produits avicoles devenir moins accessibles, alors même qu’ils représentent une source importante de protéines.
Toutefois, l’évolution des prix dépend aussi de la demande, des stocks, des coûts de transport et des marges pratiquées par les différents intermédiaires. Les difficultés des éleveurs ne se traduisent donc pas systématiquement par une hausse immédiate des prix de détail.
La sécurité sanitaire, un autre enjeu à ne pas négliger
Au-delà de la quantité et du prix, la qualité sanitaire des produits avicoles mérite une attention particulière. L’hygiène des élevages, la maîtrise des maladies, l’utilisation appropriée des médicaments vétérinaires, le respect des délais d’attente avant commercialisation et les conditions de conservation sont autant d’éléments essentiels à la protection des consommateurs.
Une étude scientifique publiée en septembre 2026 a examiné des produits avicoles provenant de trois régions du Cameroun et signalé des préoccupations liées à la présence de métaux lourds dans les échantillons analysés. La portée de ces résultats doit cependant être interprétée avec prudence, compte tenu de la taille limitée de l’échantillonnage et des réserves exprimées sur leur représentativité nationale.
Ces résultats ne permettent pas de conclure que l’ensemble des poulets et des œufs commercialisés au Cameroun sont contaminés. Ils soulignent néanmoins l’importance de renforcer la surveillance, de multiplier les analyses indépendantes et de garantir une information rigoureuse du public.
Quelles solutions pour renforcer la filière ?
Pour consolider les acquis et soutenir les producteurs, plusieurs leviers méritent d’être examinés : améliorer la disponibilité et le coût des matières premières destinées à l’alimentation animale, faciliter l’accès au financement, renforcer l’encadrement vétérinaire et encourager les investissements dans les équipements de production et de conservation.
Le développement de chaînes d’approvisionnement plus efficaces, la professionnalisation des élevages et le renforcement des contrôles sanitaires pourraient également contribuer à améliorer la compétitivité de la production locale.
Les pouvoirs publics, les organisations professionnelles et les acteurs privés ont ainsi un rôle important à jouer pour permettre à la filière de répondre durablement aux besoins du marché.
Un poids économique à transformer en bénéfices concrets
Avec un chiffre d’affaires revendiqué de 1 170 milliards de FCFA et des centaines de milliers d’emplois annoncés, l’aviculture représente un secteur majeur de l’économie camerounaise. Mais la performance d’une filière ne se mesure pas uniquement à son chiffre d’affaires ou au nombre d’emplois qu’elle génère.
Elle se mesure aussi à la capacité des producteurs à vivre de leur activité, à la stabilité de l’approvisionnement, à l’accessibilité des produits pour les ménages et au respect des exigences sanitaires.
Le véritable défi est donc de faire de la croissance de la filière avicole un avantage concret pour toute la chaîne de valeur, de l’éleveur au consommateur.
Car derrière chaque poulet vendu sur le marché se joue bien plus qu’une transaction commerciale : il y a des emplois, des revenus, la sécurité alimentaire et le pouvoir d’achat des familles camerounaises.
