La Banque Mondiale a publié son rapport 2025 sur la situation économique du Cameroun. ce document dresse un état des lieux de l’économie nationale et met en lumière l’urgence de valoriser les forets et le capital naturel comme levier de croissance durable face à l’épuisement progressif des richesses naturelles du pays
Alors que le Cameroun enregistre des performances économiques modérées, la Banque mondiale appelle à un changement de paradigme : miser sur la richesse naturelle, notamment les forêts, pour construire une économie plus inclusive, résiliente et durable.
Intitulé « L’or vert du Cameroun : valoriser les forêts et le capital naturel ». Le rapport 2025 du Groupe de la Banque mondiale propose une analyse approfondie des dynamiques économiques récentes, des perspectives à moyen terme, et insiste sur le rôle fondamental que joue la comptabilisation de la richesse nationale pour une meilleure évaluation des performances économiques du pays.
En 2024, le PIB du Cameroun a progressé de 3,5 %, contre 3,2 % en 2023, grâce à la hausse des prix du cacao, à de meilleurs rendements agricoles (notamment du coton) et à l’amélioration de l’approvisionnement en électricité. L’inflation a également reculé, passant de 7,4 % à 4,5 %, portée par une politique monétaire plus stricte et la stabilisation des prix à l’importation.
Cependant, cette embellie est nuancée par une détérioration du déficit budgétaire, passé de 0,7 % à 1,5 % du PIB, en raison d’un dérapage des dépenses courantes et de recettes fiscales insuffisantes. De plus, la dette publique est passée de 46,1 % à 46,8 % du PIB, principalement sous forme de dette extérieure, exposant le pays à des risques accrus de liquidité.
Pour la période 2025-2028, la Banque mondiale prévoit une croissance moyenne du PIB réel de 3,9 %, portée par des investissements publics croissants, notamment dans la construction et les infrastructures. L’inflation devrait continuer de baisser pour atteindre 3 % d’ici 2027, en ligne avec les critères de convergence de la CEMAC.
Cependant, le déficit du compte courant pourrait à nouveau se creuser pour atteindre 4 % du PIB, en raison de la baisse attendue des exportations pétrolières, de la hausse des importations d’intrants et d’une politique industrielle aux résultats mitigés.
Au-delà des chiffres, le rapport met l’accent sur une préoccupation majeure : la diminution de la richesse nationale par habitant de 11 % entre 1995 et 2020, malgré une hausse de la richesse totale. Cette évolution s’explique notamment par l’épuisement du capital naturel, notamment les forêts, dont l’exploitation s’est intensifiée après 2010 à un rythme cinq fois supérieur à la décennie précédente.
L’épargne nette ajustée, indicateur de durabilité économique, reste négative, signe que le Cameroun consomme plus qu’il ne renouvelle. Les données satellitaires révèlent également une dégradation écologique marquée : perte de la hauteur des arbres, réduction du couvert forestier et fragmentation des écosystème.
Pour inverser cette tendance, Cheick F. Kanté, directeur de division de la Banque mondiale pour le Cameroun et plusieurs pays de la sous-région, recommande au pays de valoriser ses écosystèmes les plus vulnérables et de haute valeur. Il propose une transition vers une économie de services forestiers, fondée sur : L’écotourisme et la valorisation des plantes médicinales issues de la flore locale,
Avec un écosystème parmi les plus riches d’Afrique, le Cameroun dispose d’un capital naturel unique pour bâtir une économie plus diversifiée et résiliente. Le rapport appelle à intégrer la richesse naturelle dans les décisions économiques, afin de garantir une croissance qui profite à tous tout en préservant l’environnement pour les générations futures.
