Longtemps associée aux activités rurales traditionnelles, l’agriculture camerounaise attire aujourd’hui une nouvelle génération d’acteurs : des jeunes diplômés qui abandonnent parfois la quête d’un emploi de bureau pour créer leurs propres entreprises agricoles. Armés de formations universitaires, d’idées innovantes et d’une volonté de transformer la terre en opportunité économique, ces jeunes veulent démontrer que l’agriculture peut être un véritable secteur d’avenir.
Quand le diplôme ouvre la voie vers la terre
Pendant plusieurs années, la réussite professionnelle au Cameroun a souvent été associée à l’obtention d’un emploi dans une administration, une banque ou une grande entreprise. L’agriculture, quant à elle, était fréquemment perçue comme une activité réservée aux zones rurales et aux personnes sans qualification académique.
Mais cette vision évolue progressivement. De plus en plus de jeunes diplômés choisissent aujourd’hui de retourner vers la terre, non pas par défaut, mais avec une véritable ambition entrepreneuriale : produire, transformer et commercialiser des produits agricoles.
Ces nouveaux entrepreneurs veulent changer l’image du secteur en démontrant qu’une exploitation agricole peut fonctionner comme une entreprise avec une stratégie, un modèle économique et des objectifs de croissance.
Des parcours qui inspirent une nouvelle vision de l’agriculture
Au Cameroun, plusieurs initiatives encouragent cette transformation. Des programmes d’accompagnement comme ENABLE Youth, soutenu par la Banque africaine de développement, visent à aider les jeunes diplômés à développer des entreprises agricoles innovantes. À travers des formations en production, transformation, gestion et commercialisation, ces programmes cherchent à faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs agricoles.
Certains jeunes, comme Christian Bisih, diplômée universitaire camerounaise, ont choisi de transformer des produits agricoles comme le soja en véritables opportunités commerciales. Son entreprise transforme aujourd’hui plusieurs dizaines de kilogrammes de soja par semaine en produits destinés au marché, illustrant la possibilité de passer de la simple production à la création de valeur ajoutée.
D’autres jeunes, à l’image d’Ahmed Ngouh Mounchikpou, diplômé en physique, ont fait le choix de se lancer dans l’agriculture après leurs études, notamment dans la culture de la banane-plantain et du macabo. Ces parcours témoignent d’un changement progressif des mentalités autour du métier d’agriculteur.
Produire autrement : de l’agriculture à l’agrobusiness
La nouvelle génération d’agriculteurs camerounais ne veut plus seulement vendre des matières premières. Son ambition est d’aller plus loin en développant la transformation agroalimentaire.
Aujourd’hui, certains jeunes entrepreneurs investissent dans :
la transformation du manioc en produits dérivés ;
*la production et la commercialisation du miel ;
*l’élevage moderne ;
*la culture de banane-plantain ;
*la transformation du soja ;
*l’agriculture urbaine et périurbaine.
Cette approche permet d’augmenter la valeur des produits locaux, de créer des emplois et de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
La terre, un marché d’avenir pour les jeunes
Avec une population en croissance et une demande alimentaire toujours plus importante, l’agriculture représente un secteur stratégique pour le Cameroun.
Les opportunités sont nombreuses : production agricole, transformation, distribution, exportation ou encore développement de solutions technologiques adaptées au monde rural.
La filière banane-plantain, par exemple, fait partie des secteurs identifiés comme porteurs pour l’insertion économique des jeunes. Des initiatives cherchent à accompagner les étudiants et jeunes entrepreneurs dans la création d’exploitations orientées vers le marché.
Des défis encore importants
Malgré cet enthousiasme, devenir entrepreneur agricole reste un parcours exigeant. Les jeunes font face à plusieurs obstacles :
*l’accès au financement ;
*le coût des équipements ;
*l’accès aux terres ;
*la maîtrise des techniques modernes ;
*les difficultés de commercialisation.
Le financement demeure notamment l’un des principaux défis pour permettre aux petites exploitations de passer à une échelle supérieure.
Pour réussir, les spécialistes encouragent une meilleure organisation des acteurs, le développement des coopératives, la formation continue et la création de partenariats entre entrepreneurs, institutions financières et pouvoirs publics.
Une génération qui veut nourrir le Cameroun autrement
Au-delà de la production alimentaire, ces jeunes entrepreneurs portent une vision nouvelle : celle d’une agriculture moderne, rentable et créatrice d’emplois.
Ils ne voient plus la terre comme un symbole du passé, mais comme un espace d’innovation et d’opportunités. Leur ambition est claire : participer à la construction d’un Cameroun capable de produire davantage, de transformer ses ressources localement et de créer de la richesse à partir de son potentiel agricole.
La révolution agricole camerounaise pourrait bien venir de cette génération de diplômés qui a choisi de remplacer la recherche d’un emploi par la création d’entreprises.
Car aujourd’hui, cultiver la terre ne signifie plus seulement produire : cela peut aussi signifier entreprendre, innover et construire l’avenir.
