
Depuis plusieurs semaines, l’approvisionnement en gaz domestique connaît des perturbations dans plusieurs villes du Cameroun. À Yaoundé comme à Douala, des consommateurs multiplient les déplacements à la recherche d’une bouteille pleine, tandis que les autorités assurent qu’il ne s’agit pas d’une pénurie généralisée, mais d’une tension localisée. Entre dépendance aux importations, difficultés logistiques, hausse de la demande et contraintes de stockage, que se passe-t-il réellement sur le marché du gaz domestique au Cameroun ?
À Yaoundé, trouver du gaz devient un parcours du combattant
À Yaoundé, l’achat d’une bouteille de gaz domestique demande désormais davantage de patience. Dans plusieurs points de vente, des consommateurs arrivent avec leurs bouteilles vides sans toujours être certains de pouvoir repartir avec une bouteille pleine. Les files d’attente s’allongent lorsque les approvisionnements arrivent et certains ménages sont contraints de multiplier les points de vente avant de trouver du gaz disponible.
La situation est également signalée à Douala, où plusieurs quartiers connaissent des difficultés d’approvisionnement. Pour les ménages, cette situation bouleverse les habitudes quotidiennes et peut obliger certains consommateurs à se tourner temporairement vers d’autres moyens de cuisson, notamment le charbon ou le bois.
Une consommation qui augmente face à une production locale insuffisante
Derrière ces difficultés se trouve d’abord une réalité structurelle : le Cameroun reste fortement dépendant des importations pour satisfaire sa consommation de gaz domestique. La production nationale ne suffit pas à couvrir l’ensemble des besoins du marché.
Cette dépendance est particulièrement importante dans un contexte où la production locale reste limitée. Les difficultés persistantes du secteur du raffinage, notamment celles liées à la SONARA, constituent également un élément à prendre en compte dans l’équilibre global de l’approvisionnement énergétique du pays.
Dans le même temps, la demande en gaz domestique continue de progresser. Entre janvier et juillet 2026, près de 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation, contre 125 085 tonnes sur la même période en 2025, soit une hausse de 6,2 %. La SCDP évoque également une progression importante de la demande dans le contexte actuel.
Cette hausse de la consommation exerce donc une pression supplémentaire sur une chaîne d’approvisionnement qui dépend largement des arrivages extérieurs.
Le moindre retard logistique peut avoir des conséquences sur le marché
L’approvisionnement en gaz repose sur une chaîne qui commence notamment par l’arrivée des cargaisons importées au port de Douala. Le produit doit ensuite être stocké, distribué puis acheminé vers les différents points de vente.
Un retard dans l’arrivée ou le déchargement d’un navire transportant du gaz peut donc rapidement se répercuter sur l’ensemble de la chaîne. Lorsque les stocks disponibles diminuent alors que la demande reste élevée, les distributeurs peuvent se retrouver dans l’incapacité de répondre immédiatement aux besoins des consommateurs.
La SCDP a notamment évoqué des retards concernant certains butaniers ainsi qu’une baisse de la production locale à Bipaga, près de Kribi. Ces difficultés contribuent à expliquer les tensions actuellement observées sur le marché.
Des capacités de stockage mises à rude épreuve
À ces contraintes logistiques s’ajoute la question des capacités de stockage.
Les stocks disponibles dans les infrastructures de la SCDP et chez les distributeurs doivent permettre de faire face aux variations de la demande et aux éventuels retards d’approvisionnement. Mais lorsque la consommation augmente fortement au même moment que les arrivages connaissent des perturbations, ces réserves peuvent rapidement être sollicitées.
Le problème est donc aussi celui de la capacité à conserver suffisamment de gaz en réserve pour absorber les imprévus. Une perturbation qui aurait pu être temporaire peut ainsi devenir beaucoup plus visible pour les consommateurs lorsque les stocks disponibles ne permettent pas de maintenir un approvisionnement régulier.
Un prix soutenu par l’État, mais une chaîne d’approvisionnement sous pression
Le prix du gaz domestique constitue également un élément important de la situation. La bouteille de 12,5 kg est officiellement vendue à 6 500 FCFA. Ce prix encadré repose sur un mécanisme de soutien destiné notamment à éviter que les fluctuations des coûts d’approvisionnement ne soient entièrement répercutées sur les ménages.
Ce dispositif représente toutefois un enjeu financier pour les différents acteurs de la filière. Les coûts d’importation, les règlements aux fournisseurs et les mécanismes de compensation doivent être régulièrement pris en compte pour assurer la continuité de l’approvisionnement.
Lorsque des tensions apparaissent dans cette chaîne financière, elles peuvent à leur tour compliquer les relations entre les différents acteurs et peser sur la disponibilité du produit.
Sur le terrain, certains médias ont également rapporté des cas de vente à des prix supérieurs au tarif officiel, notamment dans des circuits parallèles. Pour les consommateurs, la difficulté est alors double : trouver une bouteille et éviter de la payer beaucoup plus cher que le prix réglementé.
Une tension que les autorités distinguent d’une pénurie généralisée
Face aux difficultés observées, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) précise qu’il ne s’agit pas d’une rupture généralisée du gaz domestique.
Dans sa communication, l’entreprise parle plutôt d’une « tension localisée » et cite plusieurs facteurs pouvant expliquer les difficultés actuelles : augmentation de la demande, baisse de la production locale, retards de certains butaniers et pression sur les capacités de stockage. Elle indique parallèlement que du gaz demeure disponible auprès de plusieurs distributeurs.
Cette précision officielle n’empêche cependant pas les difficultés vécues par les consommateurs. Pour ceux qui doivent parcourir plusieurs points de vente avant de trouver une bouteille, la différence entre une « pénurie » et une « tension d’approvisionnement » reste avant tout une question de réalité quotidienne.
Les autorités renforcent les contrôles
Pour répondre à ces difficultés et mieux contrôler la circulation du produit, plusieurs mesures ont récemment été mises en place.
Depuis le 1er septembre, quatre checkpoints sont opérationnels afin de suivre les mouvements des bouteilles et de contrôler notamment les volumes transportés, les enlèvements et les itinéraires empruntés. Des contrôles portant sur le poids des bouteilles sont également réalisés.
Ces dispositifs visent notamment à lutter contre les détournements, les irrégularités et les pratiques susceptibles de perturber la distribution. La CSPH évoque des pertes financières estimées à près de 5 milliards de FCFA entre 2023 et 2025 en lien avec ces problèmes.
Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a par ailleurs annoncé de nouvelles mesures destinées à améliorer le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement.
Et maintenant ?
Entre dépendance aux importations, hausse de la consommation, difficultés de production locale, contraintes logistiques, capacités de stockage sous pression et enjeux financiers liés au prix subventionné, la situation actuelle du gaz domestique au Cameroun apparaît comme le résultat de plusieurs facteurs qui se conjuguent.
Les autorités et les acteurs de la filière multiplient les mesures pour améliorer l’approvisionnement et limiter les irrégularités. Mais pour les ménages, l’enjeu reste très concret : pouvoir trouver facilement une bouteille pleine, au prix officiellement fixé, sans avoir à parcourir plusieurs points de vente.
La question qui demeure est donc simple : les mesures engagées permettront-elles de rétablir durablement un approvisionnement régulier du gaz domestique dans les différentes villes du pays ?
