
Depuis la mise en œuvre des directives gouvernementales sur la dématérialisation financière, le Ministère des PME, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat franchit un cap décisif. Les recettes non fiscales de ce département ministériel sont désormais exigibles via la plateforme numérique « TRESOR PAY ». Entre modernisation des services, sécurisation des flux financiers et encadrement des entrepreneurs locaux, que change concrètement cette transition pour l’écosystème des PME au Cameroun ?
À Yaoundé comme à Douala, les promoteurs de PME passent au numérique
Pour les opérateurs économiques et les artisans camerounais, les démarches administratives intègrent désormais une nouvelle réalité technologique. Qu’il s’agisse d’enregistrer une entreprise ou de louer un espace commercial public, le déplacement physique vers les guichets de paiement traditionnels cède progressivement la place aux transactions électroniques. Le Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) vient officiellement d’en informer le public : les usagers doivent dorénavant se connecter sur le portail dédié du Trésor public pour s’acquitter de leurs obligations financières.
Sur le terrain, cette réforme modifie en profondeur les habitudes des acteurs de l’économie sociale. Si la promesse de gain de temps est saluée par les jeunes promoteurs habitués au numérique, l’obligation d’utiliser la plateforme internet et mobile impose une phase d’adaptation pour les artisans et les structures plus traditionnelles, qui doivent apprivoiser ces nouveaux mécanismes de paiement.
Un ancrage réglementaire pour sécuriser les ressources publiques
Derrière ce déploiement sectoriel se trouve une impulsion politique globale, formalisée par l’Arrêté N°080/CAB/PM du 28 mai 2025 du Premier Ministre. Ce texte institue « TRESOR PAY » comme l’outil central du recouvrement électronique des recettes et du paiement des dépenses de l’État et des autres entités publiques.
L’intégration du MINPMEESA dans ce dispositif répond à un impératif de transparence et de sécurisation des recettes non fiscales. Les actes administratifs et les services marchands de ce ministère touchent une grande diversité d’acteurs, du petit artisan au promoteur d’incubateur. Centraliser ces flux financiers permet de limiter les risques de déperdition, de tarir les intermédiaires informels et de garantir la traçabilité immédiate des fonds collectés.
Dans un contexte de rationalisation des finances publiques, la numérisation complète de ces actes devient un levier de gouvernance incontournable.
Une large gamme de services sectoriels mise sous contrôle électronique
La transition vers la plateforme touche les prestations stratégiques du ministère. Plusieurs actes essentiels à la vie des entreprises et à l’animation culturelle et artisanale sont directement concernés par cette obligation numérique :
- La structuration des entreprises : Les frais d’inscription au fichier des PME ainsi que les frais d’admission au statut d’Unité de l’Économie Sociale se payent désormais en ligne.
- L’accompagnement et l’innovation : L’étude des dossiers de demande et de renouvellement de l’agrément des structures d’incubation est soumise à cette procédure.
- Le patrimoine et les infrastructures : Les loyers des espaces et des boutiques situés dans les structures artisanales relevant du ministère intègrent la boucle électronique.
- L’événementiel d’envergure : L’organisation du Salon International de l’Artisanat du Cameroun (SIARC) est fortement impactée, depuis l’achat des tickets d’entrée par le grand public jusqu’à la location de stands, d’espaces commerciaux, de logistique et des droits d’exposition pour les artisans.
Cette diversification des actes numériques met sous pression l’infrastructure de la plateforme, qui doit traiter des flux financiers aux volumes et aux finalités très variés.
Le défi de la vérification et de l’authentification des pièces
L’introduction du paiement électronique ne supprime pas totalement le contrôle humain, elle en déplace les modalités. Une fois la transaction validée sur internet, le système génère des quittances électroniques.
Pour les usagers, le parcours ne s’arrête pas au clic sur leur téléphone ou leur ordinateur. Ces reçus numériques doivent obligatoirement être présentés au régisseur de recettes assignataire. Ce dernier conserve la charge de vérifier et d’authentifier la validité de la pièce avant la délivrance finale de l’acte ou l’accès au service. Une panne de réseau ou un décalage de synchronisation entre la plateforme centrale et les postes de contrôle locaux peut ainsi ralentir l’usager, illustrant la fragilité d’une chaîne où le numérique et le physique doivent s’articuler sans friction.
Et maintenant ?
Entre volonté de modernisation administrative, exigences réglementaires de transparence, diversité des services convertis et impératif de contrôle sur le terrain, la généralisation de « TRESOR PAY » au sein du MINPMEESA marque une étape clé pour l’environnement des affaires au Cameroun.
Le gouvernement maintient sa trajectoire vers le « zéro cash » dans les administrations publiques pour optimiser les ressources de l’État. Mais pour le promoteur de PME ou l’artisan local, l’enjeu reste très pragmatique : réussir à valider son paiement en ligne sans bug technique, et obtenir l’authentification de sa quittance sans subir de lourdeurs bureaucratiques supplémentaires.
La question qui demeure est donc simple : le déploiement technique de cette plateforme permettra-t-il de fluidifier durablement les services aux entreprises, ou créera-t-il de nouvelles attentes logistiques auprès des régisseurs de recettes ?
