
Alors que le chef de l’État camerounais Paul Biya s’apprête à entamer un nouveau septennat, les discussions autour du budget d’inauguration sont déjà lancées. L’enjeu : mesurer les coûts d’un événement d’État, mais aussi interroger la pertinence de l’effort public dans un contexte de contraintes budgétaires.
Un comité d’organisation aux leviers financiers importants
Pour orchestrer cette cérémonie, un comité ad hoc a été constitué, chargé de définir le dispositif logistique, institutionnel et symbolique. Ce comité doit soumettre un budget estimatif au ministère des Finances. Selon des sources proches du dossier, plusieurs centaines de millions de francs CFA pourraient être mobilisés – une somme qui suscite d’ores et déjà des débats dans les cercles économiques et parlementaires.
Pourquoi un tel budget ?
Trois principaux axes justifient l’envergure de l’événement :
- La dimension protocolaire, avec la participation de chefs d’État africains et d’invités internationaux, imposant des coûts d’accueil, de sécurité et de transport.
- Le volet communication-infrastructure, impliquant notamment la rénovation ou l’aménagement d’espaces publics pour accueillir la cérémonie, ainsi que la couverture médiatique.
- Le symbole politique, qui vise à marquer le relais institutionnel et à afficher la stabilité du pays – un message qui peut avoir une influence sur la confiance des investisseurs.
Une cérémonie à double lecture économique
À première vue, l’investissement dans une inauguration présidentielle peut être perçu comme un facteur d’attractivité : démonstration de capacité d’organisation, signal politique fort. Mais il existe aussi un risque de critique publique si l’on juxtapose ce budget à la situation économique du pays : croissance modérée, pression sur les finances publiques, demande forte de services sociaux.
Des analystes avertissent que chaque franc dépensé devra être justifié par un gain tangible : amélioration de l’image internationale, retombées touristiques, mise en valeur d’infrastructures durables. Sans cela, le coût peut être considéré comme une dépense symbolique sans retour immédiat.
Enjeux pour la gouvernance budgétaire
La préparation de ce budget met en lumière deux défis majeurs pour la gouvernance publique au Cameroun :
- La transparence : l’opinion publique et les partenaires de développement attendent que les montants et les modalités d’affectation soient rendus publics.
- L’optimisation : la capacité à transformer un événement protocolaire en levier de développement, plutôt que simple consommation de ressources.
À l’heure où l’État camerounais cherche à consolider sa crédibilité financière et à attirer l’investissement en zone CEMAC, la cérémonie d’inauguration du septennat de Paul Biya apparaît comme un test : à la fois politique et économique. Le budget qui sera alloué – et surtout, la manière dont il sera employé – pourrait devenir un indicateur de la tendance future en matière de dépenses publiques symboliques versus dépenses de long terme.
