Central Africa Cement (CAC), entreprise portée par des investisseurs chinois, intensifie la distribution de sa marque Nono Cement à Yaoundé. Lors d’une série de relevés effectués mi-septembre 2026 par Investir au Cameroun, le sac de 50 kg s’affichait à 5 000 FCFA dans plusieurs quincailleries de la capitale, contre 5 100 à 5 300 FCFA pour les marques concurrentes alignées sur les mêmes étals.
Cette politique tarifaire crée un avantage compétitif immédiat de 100 à 300 FCFA par sac, soit une décote d’environ 2 % à 5,7 %. Toutefois, cet échantillonnage géographiquement restreint ne saurait faire office de baromètre national ni refléter un prix moyen généralisé.
« C’est le ciment Nono, une nouveauté produite par des opérateurs chinois à Edéa. La demande est forte en ce moment, portée par un effet de curiosité des clients », explique un quincaillier basé à Nkozoa, en périphérie de Yaoundé. Pour l’heure, CAC garde le secret sur ses volumes de ventes et le maillage de son réseau logistique. Cet engouement initial, bien que réel chez les détaillants, attend donc d’être consolidé par des indicateurs précis de parts de marché.
Le packaging désigne explicitement Central Africa Cement comme le maître d’œuvre.
Son complexe industriel d’Edéa a officiellement été inauguré le 19 septembre 2025 sous l’égide du ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry. Estimé à 12 milliards de FCFA, l’investissement est formellement attribué à des capitaux chinois par le Rapport sur la dynamique de l’investissement privé en 2025, publié fin août 2026 par le ministère de l’Économie.
Bien que la marque s’installe à Yaoundé près d’un an après cette coupure de ruban, cela n’indique en rien un démarrage tardif de sa commercialisation globale. Le produit a pu alimenter les marchés d’Edéa, de Douala ou des localités environnantes bien en amont, aucune chronologie officielle n’ayant été communiquée par la firme.
Une capacité annuelle floue, oscillant entre 1 et 1,5 million de tonnes
Les chiffres divergent quant au potentiel de production de l’usine. Si le ministère de l’Économie lui prête une capacité installée de 1,5 million de tonnes par an, les données partagées lors de l’inauguration s’avèrent plus modestes. Le quotidien Cameroon Tribune évoquait ainsi une capacité d’un million de tonnes par an dans ses colonnes du 22 septembre 2025.
Une estimation partagée par le Guardian Post le lendemain, précisant, selon les dires du directeur général de CAC, Willy Valère Foamouwe Nono, que ce million de tonnes se ventile entre 300 000 tonnes pour une première gamme et 700 000 tonnes pour une seconde. Ce gap de 500 000 tonnes reste inexpliqué par les sources institutionnelles.
Sur le plan technique, l’usine intègre de la pouzzolane et du calcaire d’origine locale à du clinker importé.
Si cette substitution minérale permet d’optimiser les coûts en réduisant la proportion de matière importée par tonne produite, CAC reste structurellement tributaire de cet intrant stratégique, issu de la calcination du calcaire.
Une facture nationale de clinker qui culmine à 97,1 milliards de FCFA
À l’échelle macroéconomique, la dépendance du secteur cimentier camerounais vis-à-vis des marchés extérieurs demeure lourde. Les statistiques douanières consolidées dans le Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 révèlent que le pays a absorbé 3,107 millions de tonnes de clinker pour un montant de 97,1 milliards de FCFA en 2025, contre 2,577 millions de tonnes (84,9 milliards de FCFA) un an plus tôt.
Le volume des importations s’est ainsi envolé de 20,5 % en un an, pour une hausse de 14,4 % en valeur. À la tonne, la valeur moyenne déclarée a fléchi de 5,1 %, retombant de 32 929 à 31 255 FCFA selon les projections de notre rédaction. Malgré cette baisse des cours unitaires, le gonflement de la demande globale a alourdi l’enveloppe nationale de 12,2 milliards de FCFA.
S’il est impossible d’imputer cette poussée des importations à un opérateur en particulier, le constat s’impose : la multiplication des unités de broyage locales ne parvient pas encore à freiner les sorties de devises dédiées au clinker.
Huit industriels en lice pour une production réelle opaque
L’entrée en scène de CAC porte à huit le nombre de producteurs officiellement actifs sur l’échiquier national : Cimencam, Cimaf, Dangote Cement, Medcem, Mira Company, Cimpor, Sinafcim (sous la marque Cimaco) et Central Africa Cement. Cette cartographie recense les entités juridiques et non les infrastructures physiques, plusieurs groupes exploitant plusieurs usines.
Cette configuration hautement concurrentielle enterre définitivement l’historique monopole de Cimencam, bousculé dès février 2014 par la mise en service du site de Cimaf à Bonabéri après 48 ans d’hégémonie, rappelle World Cement. Une brèche élargie par Dangote Cement dès mars 2015 avec ses premières livraisons depuis Douala, d’après les rapports financiers du groupe nigérian.
En revanche, le projet Yousheng Cement n’a pas encore franchi le cap opérationnel. Bien que le ministère de l’Économie prévoyait la livraison de son usine de Dibamba (30 milliards de FCFA d’investissement pour une capacité cible de 1,8 million de tonnes) pour 2026, aucun démarrage d’activité n’a été validé sur le terrain.
Si le gouvernement acte désormais une situation de surcapacité industrielle par rapport aux besoins du marché domestique, la capacité nominale ne reflète que le plafond technique des usines. Les publications officielles restent muettes sur le niveau de charge réel de ces récents investissements et sur leurs volumes commerciaux effectifs.
Enfin, le tarif de 5 000 FCFA constaté pour Nono Cement doit impérativement s’analyser au regard de sa classe de résistance. À titre de comparaison, la grille réglementaire de Cimencam plafonne le sac à Yaoundé à 4 600 FCFA pour le type 32.5R et à 5 200 FCFA pour le type 42.5R, en vertu d’une directive du ministère du Commerce de décembre 2024.
Faute d’un barème homologué propre à CAC et d’une traçabilité rigoureuse de la typologie des sacs vendus en quincaillerie, ce prix de 5 000 FCFA demeure un indicateur isolé. Il est encore trop tôt pour y voir l’amorce d’une guerre des prix ou d’une baisse pérenne des cours du ciment au Cameroun.
