Yaoundé — Depuis plusieurs semaines, trouver une bouteille de gaz relève du parcours du combattant pour les ménages camerounais. À Yaoundé comme à Douala, les files d’attente s’allongent devant les dépôts et les prix flambent sur le marché noir. Face à la colère grandissante des consommateurs, les autorités et les experts pointent du doigt une combinaison de facteurs techniques, commerciaux et financiers qui grippent toute la chaîne d’approvisionnement nationale.
Voici le décryptage des trois causes majeures de cette crise énergétique.
1. La fin de la production locale et la dépendance totale aux importations
La cause structurelle la plus profonde réside dans l’arrêt d’une partie de la production nationale. En juillet dernier, le navire-usine norvégien Hilli Episeyo, qui opérait au large de Kribi depuis 2018, a quitté les eaux camerounaises en raison de l’épuisement du gisement de gaz exploité.
Ce méthanier assurait à lui seul près d’un tiers des besoins du pays, soit environ 30 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL) par an. Depuis son départ, et en l’absence d’une raffinerie nationale pleinement opérationnelle depuis l’incendie de la Sonara en 2019, le Cameroun se retrouve dans une situation de vulnérabilité extrême, dépendant désormais entièrement des importations pour ravitailler son marché.
2. Le conflit financier du leader du marché, la SCTM
À cette fragilité structurelle s’est greffé un blocage commercial de grande envergure. La Société camerounaise de transformation métallique (SCTM), opérateur historique qui détient entre 35 % et 38 % des parts du marché national, traverse une crise financière aiguë. L’entreprise a accumulé une dette estimée à près de 4 milliards de FCFA auprès de l’importateur public Tradex, qui a par conséquent suspendu ses livraisons de gaz à crédit.
Privés des célèbres bouteilles orange de la SCTM, les consommateurs se sont rabattus massivement sur les marques concurrentes (Tradex, Total, Bocom, Neptune ou Green Oil). Cette ruée soudaine a provoqué un effet de saturation immédiat sur le reste du réseau de distribution, incapable de supporter une telle demande.
3. Les goulots d’étranglement logistiques et le manque de devises
L’approvisionnement par l’importation se heurte également à des contraintes administratives et financières majeures. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a récemment mis en lumière des difficultés d’accès aux devises étrangères pour régler les fournisseurs internationaux. Ces retards de paiement bloquent parfois des navires méthaniers au large des ports camerounais, interdisant le déchargement des cargaisons tant que les garanties financières ne sont pas levées.
Enfin, la rareté du produit a alimenté un phénomène de spéculation. Des réseaux de revendeurs illégaux stockent désormais le gaz pour créer une pénurie artificielle locale et revendre les bouteilles à des prix bien supérieurs au tarif officiel de 6 500 FCFA homologué par le gouvernement.
Quelles perspectives pour une sortie de crise ?
Face à l’urgence sociale, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a engagé des discussions tripartites impliquant la SCTM et les institutions bancaires pour échelonner la dette du distributeur. Une circulaire ministérielle stricte a également été publiée pour réorganiser l’accès aux centres d’enfûtage et injecter massivement des stocks afin de saturer le réseau de distribution. L’objectif affiché par les autorités est de stabiliser le marché et de stopper les réseaux de spéculation afin que le gaz retrouve le chemin des foyers camerounais.
