Yaoundé, 4 mars 2026 – Après des années de dépendance totale aux importations de carburants depuis l’arrêt de la SONARA en 2019, le Cameroun passe à la vitesse supérieure dans sa quête de souveraineté énergétique. Le projet intégré de raffinerie modulaire et de dépôt de stockage porté par CSTAR à Kribi vient de franchir une étape décisive : les études techniques et financières ont fixé les besoins d’investissement réels à 540 milliards FCFA, tandis que le calendrier opérationnel est avancé de près de deux ans. Un signal fort pour l’économie nationale, qui pourrait économiser jusqu’à 400 milliards FCFA par an sur les importations et créer près de 7 000 emplois.
Les études de maturation réalisées ces derniers mois ont permis de déterminer avec une précision chirurgicale les coûts des deux composantes du projet. Selon des informations concordantes, la raffinerie elle-même est évaluée à 372 milliards FCFA, tandis que le dépôt pétrolier (TankFarm) représente 168 milliards FCFA. L’enveloppe cumulée atteint ainsi 540 milliards FCFA, un montant supérieur aux estimations initiales de 115 à 120 milliards FCFA qui circulaient lors du lancement officiel en juillet 2025. « Les études réalisées ont permis de déterminer avec exactitude les coûts des différents projets. S’agissant des aspects financiers, le capital des investissements a été arrêté et les engagements de chaque actionnaire clairement définis », confie une source proche du dossier.
Implanté sur 250 hectares dans la zone industrialo-portuaire de Kribi-Lolabé, à proximité du port en eau profonde, ce complexe stratégique comprend une raffinerie modulaire de 30 000 barils par jour à terme et un terminal de stockage de 250 000 à 300 000 m³ pour le gasoil, l’essence, le Jet A1, le kérosène et le Heavy Fuel Oil (HFO). Ce dernier sera financé intégralement sur fonds propres de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui joue ici son rôle régalien de sécurisation des réserves stratégiques. Rappelons que les capacités actuelles de stockage du pays (environ 270 000 m³) restent largement en deçà des 470 000 m³ nécessaires pour garantir la résilience face aux chocs d’approvisionnement.
Pour la raffinerie, le financement est déjà bien structuré. BGFIBank Cameroon a reçu un mandat clair : mobiliser 120 milliards FCFA en appui bancaire structurant. Le solde sera réparti entre les actionnaires selon la répartition du capital : Ariana Energy (49 %), Tradex S.A. (31 %) et la SNH (20 %). Le projet est piloté via deux sociétés de projet (SPV) basées à Dubaï : CSTAR Refinery Project Management LLC-FZ pour la raffinerie et CSTAR Tank Farm pour le dépôt. Ce montage permet de combiner expertise internationale et contrôle national, tout en accélérant la mobilisation des ressources.
Le chronogramme, validé par le conseil d’administration, est particulièrement ambitieux et marque une accélération notable par rapport au planning initial qui prévoyait une mise en service en juin 2028. Les études FEED (Front-End Engineering Design) seront finalisées en juin 2026, préalable indispensable au lancement des travaux lourds. L’acheminement des équipements est programmé pour septembre 2026, avec un démarrage effectif de la production autour du 25 décembre 2026. George Li, président du consortium RCG (partenaire technique aux côtés de Global Process Systems et Norinco International), a confirmé cette trajectoire lors de sa visite au siège de la SNH le 27 février dernier : « Nous confirmons le démarrage des essais et la mise en service des équipements d’ici la fin de cette année ».
Cette « production anticipée » à 10 000 barils par jour dès le second semestre 2026 n’est pas anecdotique. Elle permettra de couvrir environ 22 % de la demande nationale en diesel et en essence dès la première année, selon les projections de CSTAR. La demande annuelle du pays est estimée à 1,9 million de tonnes de produits raffinés, entièrement importés depuis l’arrêt de la SONARA. À pleine capacité (30 000 barils/jour, soit environ 1,5 million de tonnes par an à partir de 2027), le complexe devrait réduire les importations de carburants de près d’un tiers, générer des économies annuelles de l’ordre de 400 milliards FCFA et rapporter environ 141 milliards FCFA de recettes d’exportation, notamment sur les carburants marins et les produits pétrochimiques.
Au-delà des chiffres macroéconomiques, l’impact social et territorial est majeur. Le projet prévoit la création d’environ 7 000 emplois au total, dont 2 000 directs et 5 000 indirects, avec une forte composante de transfert de compétences vers la main-d’œuvre locale. Plus de 1 000 techniciens asiatiques seront déployés sur le chantier pour accompagner la phase intensive de construction, offrant aux Camerounais une formation de haut niveau en ingénierie modulaire. Nathalie Moudiki, présidente du conseil d’administration de CSTAR, avait d’ailleurs insisté lors du lancement des travaux en juillet 2025 : « Aucun pays au monde ne saurait prétendre à un développement stable et cohérent sans énergie. Il s’agit de notre souveraineté. La SNH a décidé de faire face, de prendre ses responsabilités et de jouer son rôle en matière de sécurisation des stocks pétroliers ».
Ce projet s’inscrit parfaitement dans la vision d’émergence 2035 du Président Paul Biya. Il vient combler le vide laissé par la fermeture de la raffinerie de Limbe et répondre à la croissance soutenue de la demande intérieure (transport, industrie, aviation). La présence du port en eau profonde de Kribi facilite également l’exportation des surplus et renforce l’attractivité de la zone industrialo-portuaire pour d’autres investisseurs. Les promoteurs insistent : à ce stade, les coûts sont définitivement arrêtés et les engagements financiers de chaque partie clarifiés. La réussite dépend désormais de la phase d’exécution, qui s’annonce déterminante pour concrétiser une infrastructure présentée comme vitale pour l’indépendance énergétique du Cameroun.
Avec ce complexe intégré – raffinerie + stockage stratégique –, le pays ne se contente plus d’exporter son pétrole brut pour le réimporter raffiné. Il reprend le contrôle de sa chaîne de valeur énergétique, réduit la pression sur les réserves de change et pose les bases d’une véritable industrie pétrochimique. Un tournant historique que les Camerounaises et Camerounais attendent depuis longtemps.
